François Malespine

Espaces Intérieurs

Parcours d’une vie

Je suis né en 1948, dans une famille de peintres.

En 1966 je suis entré aux Beaux-Arts.

En 1969 je voulus apprendre le tissage artisanal. J’ai pris ma 2cv et me suis rendu dans le sud de la France aux Beaux de Provence. Un atelier de tissage a attiré mon attention. Celui de M. et Mme Vis : le mari travaillait la ferronnerie alliée au cuir (siège etc.) tandis que son épouse était tisserande. J’ai donc demandé à Mme Vis s’il lui serait possible de m’apprendre à tisser. Sans hésiter elle donna son acquiescement, et voyant intuitivement que l’étudiant que j’étais n’aurait pas de quoi la rémunérer, elle me proposa de m’apprendre en travaillant pour elle, d’abord sur des tissus unis, puis sur des tissages plus complexes, tout en me faisant participer au montage des chaines etc. J’acceptais immédiatement ; me restait à trouver une chambre.

Le premier magasin où j’entrai pour demander une chambre à louer m’offrit une deuxième surprise : comme si tout devait m’aider à réaliser ce projet, une très vieille dame, que je n’avais pas remarquée en entrant, s’y trouvait en quête de beaux objets ; ayant entendu ma conversation avec la vendeuse, elle se tourna vers moi et me dit : « Si vous voulez, je peux vous recevoir gracieusement, chez moi, à St. Rémi de Provence, aux « Méjades ». Ainsi j’allais pendant toute cette période d’apprentissage loger chez madame Albert Gleizes, épouse du célèbre peintre cubiste et peintre elle-même.

Je me souviens de ces soirées si étranges et magiques au cours desquelles je découvris sa vie si riche, elle qui avait côtoyé toutes les personnalités connues de son époque, du monde de la peinture, de la littérature, de la poésie comme Rainer Maria Rilke, de la science, du spiritisme, de l’ésotérisme, et de la sagesse comme Rabindranath Tagore ou René Guénon.

L’apprentissage terminé, me restait à explorer ce métier dans la vie réelle… j’achetai un métier à tisser et commençai à exercer ce métier.

À cette époque l’appel de l’Inde, aussi fascinant qu’effrayant, devint l’unique réponse à mes interrogations.

En 1970, je pris mon courage à deux mains et « montai » de ma province à Paris afin de proposer des échantillons de tissage, me disant que ce serait un signe du ciel si une maison de couture m’en achetait. La maison Coco Chanel me proposa de travailler pour elle en créant un atelier capable de produire les quantités qu’elle souhaitait. D’une part je me sentais incapable d’un tel projet, d’autre part ce n’était pas ce que j’étais venu chercher à Paris. Heureusement, la maison Yves St Laurent et la filière Tisca France m’achetèrent des échantillons et m’offrirent ainsi, à leur insu, un billet simple pour l’Inde, ainsi qu’un peu d’argent pour vivre là-bas. Heureusement mon père cousit dans la doublure d’un vêtement le montant en liquide d’un billet retour. C’est ainsi que je me retrouvai à New Delhi, bredouillant à peine quelques mots d’anglais.

À mon retour, l’Inde ayant détruit le rêveur en moi, mais certainement pas la certitude de la réalité d’une possibilité de transformation intérieure pour l’être humain, la possibilité de vivre du tissage me semblant irréaliste pour moi, je m’inscrivis en 1971 aux Beaux-arts de Marseille-Lumini, repris mes études, et préparai mon diplôme.

En 1972 et 1973 je terminai mes études et obtins le diplôme des Beaux-Arts. J’ai par la suite commencé à enseigner le dessin et à partir de 1983 j’ai enseigné les arts plastiques et les arts appliqués en collège et lycée professionnel.

En 1975 je fus accueilli au Bost, premier ashram d’Arnaud Desjardins. Arnaud m’a guidé durant toute sa vie.

En 1992 j’ai rencontré Amritanandamayi, grâce à ma compagne Françoise, et chaque année depuis, jusqu’à la pandémie du covid, nous sommes allés recevoir son Darshan lors de ses passages en France. Et chacun de nous est également allé la voir à Amritapuri Ashram, en Inde.

J’ai partagé ce chemin à travers plusieurs livres. Je garde une vraie gratitude à Charles Antoni qui m’a permis avec tant de gentillesse de partager cette quête intérieure en éditant ces ouvrages.

Sur le site Partage d’un chemin https://lartdefrancoismalespine.wordpress.com, vous retrouverez les livres parus et les nouveaux textes mis en ligne chaque samedi.